| C’est une chose que l’on voit plutôt rarement, même quand on est habitué de passer ses journées dans les palais de justice. Une fillette de huit ans, tirée à quatre épingles, assise en tailleur et le menton appuyé sur les mains, avec toute l’innocence que cela suggère, mais qui raconte froidement comment, pendant des mois, elle aurait été agressée par le propriétaire de sa garderie, de 47 ans son aîné. Calmement, clairement, mais l’air blasé, la fillette a raconté sa version des faits au procès d’Allan Frederick James, 55 ans, accusé d’attouchements sexuels sur trois gamines qui ont fréquenté la garderie qu’il tenait avec sa femme, le Funtime Home Daycare, rue Victoria dans le quartier Côte-des-Neiges. C’est quand une des présumées victimes a parlé de l’affaire à ses parents qu’une plainte a été déposée à la police, et que la garderie en milieu familial a été fermée en mars 2007. Quelques mois plus tard, James était arrêté et accusé. Une première fillette et sa mère avaient témoigné mardi, premier jour du procès. Ce mercredi, la mère des deux autres plaignantes, des sœurs âgées de huit et six ans, a livré un témoignage qui a été accepté par le juge Jean-Pierre Bonin comme valant pour celui de la plus jeune, qui a toujours refusé de répondre aux questions de policiers. La plus âgée, toutefois, a courageusement fait face à la musique. Le jeu du chat Assise dans une salle attenante à la salle d’audience où se déroule le procès, en compagnie des procureurs de la Couronne, Mes Anne Gauvin et Robert Israël, son récit était vu et entendu par le juge Bonin, l’accusé et le public au moyen d'une retransmission sur écran. Une mesure habituelle pour éviter à de très jeunes victimes de devoir confronter leur présumé agresseur en personne. La petite a décrit les jeux qu’affectionnait James quand elle se faisait garder chez lui, jusqu’à l’été 2006. « Il me demandait de me cacher derrière la table de la salle à manger, et d’en sortir en faisant meow, meow, comme un chat. Puis il fallait aller sur lui et faire le chat », a-t-elle raconté, précisant qu’elle n’aimait pas ce jeu. Puis, il en profitait selon son témoignage pour la toucher aux parties génitales avec ses doigts, et ce malgré qu’elle essayait de l’en dissuader en remontant son pantalon. Cela se passait aussi parfois au moment de la sieste. D’après elle, elle a été plus souvent victime que sa sœur cadette. « Je n’en ai jamais parlé avant d’avoir cinq ans, avec ma mère et ma sœur. J’étais très gênée quand j’étais petite. Mais ma mère m’a dit un jour que je ne devais jamais lui cacher mes secrets », a-t-elle expliqué. Confidences Avant, c’est sa mère qui avait raconté sa version des faits. Elle dit avoir appris seulement une fois la garderie fermée que ses filles auraient été victimes d’attouchements sexuels. Elle était alors en instance de divorce et n’avait la garde de ses filles qu’une semaine sur deux. Quand elle l’a su, un travailleur social était déjà impliqué dans le dossier. Ce n’est que quelque temps plus tard, alors qu’elle donnait le bain à ses filles, qu’elles se sont, très légèrement, ouvertes sur le sujet. « Je me suis rendu compte qu’elles jouaient au chat. Et la façon dont elles bougeaient était très sensuelle. Ce n’était pas la façon de bouger de si jeunes enfants », a-t-elle décrit. Ses filles n’avaient à l’époque que cinq et trois ans. La plus âgée a alors parlé des attouchements que James leur aurait fait subir. La plus jeune acquiesçait, mais parlait peu. Ce n’est que bien plus tard, en 2008, après l’enquête préliminaire de James, que l’aînée s’est confiée plus amplement à sa mère. « Elles étaient prêtes à aller au lit. On était assises sur le divan pour lire une histoire. Elle m’a dit maman, j’ai quelque chose à te dire », a témoigné la mère. « Quand j’étais très jeune, Allan m’a touchée très durement. Elle m’a donné tous les détails », a poursuivi la jeune maman. « Chaque jour, il venait me voir, et que je porte un pantalon ou une jupe, il me touchait entre les jambes », aurait raconté la fillette à sa mère. Elle aurait raconté comment, avec James, elle jouait au chat, il lui aurait montré à se lécher le doigt de façon sensuelle, comme un chat. Le procès se poursuit jeudi, ce devrait être au tour de la défense de faire sa preuve. |